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Lire pour grandir

  • Chronique rappel sur le Da Vinci Code de Dan Brown

    Imaginez que beaucoup de gens se mettent à écrire des fanfictions comme celle-là sur différents textes religieux, élargissant les univers avec des prophètes nouveaux et alternatifs, laissant le tout s'effondrer en quelques années en une parodie de lui-même.

    J'ai tendance à mettre sur le même plan les textes religieux, économiques et de sciences politiques pour la simple raison que, dès qu'il y a une vérité de plus, ou en science dure, des formules et des équations, les autres ou même le propre doivent se tromper. Plus la critique ouverte et les interprétations sarcastiques à profondes de toutes ces merveilles que l'on touche sont faites par des jeunes gens sophistiqués, moins ces charlatans peuvent générer de pouvoir dans leur quête stupide vers la seule et unique variation de la réalité qu'ils veulent établir.

     

    Da Vinci Code ne relativise pas seulement l'histoire générale, mais aussi l'histoire religieuse et politique, de manière à montrer que l'histoire et les textes sacrés sont écrits par les vainqueurs. Élargir la gamme, remettre en question le statu quo, et rendre les gens sceptiques à l'égard de l'omniscience, des commandements et de tout ce qui est d'une importance énorme et Brown a fait plus que ce que Richard Dawkins et Christopher Hitchens réunis et multipliés auraient pu faire en quelques siècles en touchant autant de gens et en les faisant réfléchir à la légitimation de n'importe quel type de croyance.

     

     

     

  • Avis : Attirances D. van Cauwelaert

    Trois histoires, trois nouvelles, plus ou moins longues, qui se croisent, se mêlent, tels des aimants qui s'attirent..."Attirances", où ce à quoi mène l'attachement d'un individu à un autre...ou à un objet.

    Une grande dose de mystère, un zeste de surnaturel, et beaucoup de talent. Didier van Cauwelaert écrit l'histoire d'un écrivain harcelé par l'étudiante qui lui écrit une thèse, et qui le mènera à sa perte, en guidant le moindre de ses pas ; celle d'un peintre qui s'accuse de tuer ses modèles à travers ses peintures ; et celle d'un homme prêt à tout pour rencontrer le fantôme d'une maison abandonnée.

    Sans points commun apparent, les trois nouvelles se lient pourtant, par la narration d'une part, puisque chaque histoire reprend un élément de la précédente, et par le thème d'autre part, l'attirance, souvent malsaine, qui conduit un individu à une obsession. Un bon roman, très apprécié par la critique. Chez Lireplus aussi.

    Attirances, Didier van Cauwelaert Albin Michel; juin 2005 env. 250pages

     

     

     

  • La Lampe d’Aladino de Luis Sepulveda

    de Luis Sepulveda

    Editeur : Métailié
    Publication :8/1/2009

     

    Des histoires pour vaincre l’oubli, nous promet-on… Des histoires pour voyager, des forêts d’Amazonie aux rues de Hambourg, chères à l’auteur comme dans Le nomade stellaire, d'Hector Loaiza. C’est que Luis Sepulveda est un déraciné et, si jamais il ne s’appesantit sur l’exil dans ces textes merveilleux, l’écrivain chilien a pour lui une culture sans frontières, nourrie de voyages et de légendes du monde entier. Une richesse qu’il met largement à profit dans ce recueil d’histoires tantôt farfelues, tantôt bouleversantes, mais toujours portées par une langue riche et inventive.

    Une langue qui se joue des mots et épuise joyeusement l’éventail de ses conjonctions. Cet art consommé de la narration, Sepulveda en use magistralement pour croquer une galerie de personnages surprenants, des hommes et des femmes dignes et authentiques. Certains parlent cru quand d’autres hurlent l’amour. L’un converse avec son chien et l’autre dîne avec les fantômes des poètes. Ceux-ci prennent la mer alors que ceux-là s’enfoncent dans l’épaisseur de la jungle... A travers cette foule hétéroclite, l’auteur révèle autant de nostalgie que de foi en la nature humaine. S’il dénonce au passage la progression inexorable du capitalisme qui asservit les peuples, les querelles territoriales fratricides en Amérique du Sud, ou la répression totalitaire, il met l’accent sur l’autre, sur ses failles et sa bravoure, ses espoirs et ses illusions.


    Nourries d’un lyrisme parfois renversant, d’un souffle poétique qui transperce le coeur, mieux que de vaincre l’oubli ces histoires-là transportent littéralement dans un monde exubérant, mi-réel mi-rêvé. Elles sont signées de l’une des plumes les plus affûtées de la littérature contemporaine. Une plume d’oiseau rare dans une main calleuse, forte et incommensurablement généreuse.

     

     

     

     

     

  • Avis sur le livre : Guerre à Harvard de Nick McDonell

    guerre à Harvard.JPGEditeur : Flammarion
    Publication :3/9/2008

     

    Un livre extraordinaire. Un véritable petit bijou de littérature contemporaine, un roman dur, sombre, mais aussi très drôle. Nick McDonell n'a que 24 ans, mais son génie littéraire est sans doute à son apogée. Une qualité d'écriture époustouflante qui est presque insolente venant de cette jolie petite tête blonde. Un talent qui a vraiment de quoi humilier plus d'un écrivain, les vieux de la vieille...

     

  • Chronique sur le livre de Berhard Schlink : le liseur

    On entre dans ce roman comme dans un salle de cinéma : confortablement installé sur un fauteuil, le film commence, et on s’y plonge en oubliant tout ce qu’il y a autour de nous. En ressortant de la salle, on n’a qu’une chose à dire : « émouvant ».

    On croirait lire un scénario, tant les péripéties sont nombreuses : Michaël a quinze ans lorsqu’il rencontre par hasard Mme Schmitz. Alors qu’il tombe malade en plein milieu de la rue, elle lui porte secours. C’est en voulant la remercier que cette femme devient pour lui Hanna. Elle acquière rapidement le statut d’amante, et entre eux se nouent une relation ambiguë : il devient son lecteur, c’est-à-dire qu’il lui fait la lecture à voix haute. Et très vite, leurs rendez-vous prennent cette double connotation intellectuelle et sexuelle.

    Mais un jour, Hanna disparaît sans laisser de trace, et Michaël doit refaire sa vie. Il ne la verra que plusieurs années plus tard, lors d’un procès où elle est condamnée en tant que surveillante dans les camps de concentration. Le jeune homme a beau ne plus rien ressentir pour elle, n’avoir plus que des images figées, il comprend le secret qu’elle a tenté toute sa vie durant de cacher, un secret qui pourrait lui coûter la vie même. Et c’est ainsi qu’il décide de renouer contact avec elle, quoiqu’il puisse se passer. On vit ce roman comme une succession d’images, d’odeurs, de souvenirs auxquelles nous initient le narrateur. C’est aussi une réflexion sur les camps de concentration : doit-on absolument en parler ? Comment le faire ? Doit-on condamner également toute la génération d’après-guerre pour leurs silences, leurs oublis ?

    Une magnifique histoire. A lire absolument.


    Bernhard Schlink
    le liseur gallimard, folio poche, n°3158, 243pages

  • Histoire de l'art : La Grande Guerre et l'instauration de la modernité culturelle en Occident de Vincent Fauque

    L'hypothèse à la base de cet essai à la fois d'histoire et livre d'art se formule dans les termes suivants : la guerre de 1914-18 apparaît comme la première manifestation de guerre totale qui provoque dans les sociétés engagées dans ce combat une dissolution des valeurs morales et esthétiques associées à la modernité.

    la dissolution d'un monde.JPGLa Première Guerre se distingue des conflits qui l'ont précédée par les caractéristiques suivantes : dans ces états devenus démocratiques, la participation à la guerre s'étend à tous les citoyens, ce qui entraîne la mobilisation d'une armée colossale; les nouvelles technologies mises au service des troupes décuplent leur pouvoir destructeur; cette puissance phénoménale de l'armée provoque un déplacement dans l'ordre des pouvoirs, le politique se subordonnant au militaire. Cette guerre, commencée dans l'euphorie parce qu'on la prévoyait de courte durée, entraîne une dévastation générale du territoire européen mais aussi des valeurs morales et esthétiques qui jusqu'alors définissaient la modernité.

    La modernité est un concept sujet à de multiples controverses. Difficile à situer, difficile à définir. Ses fondements remontent au 18e siècle alors que s'effectuent les transferts suivants : du religieux au laïc, la société produit ses propres normes sans se référer à une autorité extérieure, transcendante; du respect de la tradition à l'esprit critique, l'individu revendique le droit de penser par lui-même. Le 19e siècle poursuit dans la voie de la rationalité en étant dominé par le réalisme (l'art a pour but de copier le réel) et le positivisme (la généralisation de la méthode expérimentale à tous les domaines de recherche).

    Aux yeux de l'auteur, la Grande Guerre opère une césure dans cette évolution de la pensée. Elle est le "fait déterminant à l'origine de l'instauration de la désintégration culturelle moderne (ah! l'insoutenable légèreté du style universitaire, une perle dans le genre) dans les sociétés belligérantes du front occidental" (page 7). Après la mort de Dieu, on peut entrevoir "la possible mort de la raison engendrant la mort possible de l'homme" (page 165) Rien de moins. Dada s'en charge, recevant ainsi le titre de "grand initiateur de la rupture morale et esthétique" de l'après-guerre.

    Les avant-gardes artistiques qui se succèdent en Europe ajoutent au grand massacre civilisationnel en donnant dans le relativisme moral et dans le narcissisme forcené. Les artistes contemporains privilégient la discordance plutôt que l'expression de l'harmonie. Ainsi, toutes les avant-gardes du début du siècle participent à une grande insurrection dont les deux cibles sont la raison et le principe de réalité, les bases mêmes de la modernité.