30/10/2012

"Snuff" de Chuck Palahniuk (Editions Sonatines)

chuck palahniuk, snuff, cassie wright, claro, traduction, editions, sonatinesL'auteur de "Fight Club", roman culte d'une génération, revient avec son nouveau roman "Snuff". Le thème de départ est simple et semble même trop facile : Cassie Wright, star porno sur le retour, décide de terminer sa carrière par le plus grand gang-bang jamais filmé. En une nuit, 600 hommes (des hardeurs comme des hommes normaux, des fans et des parieurs) vont lui passer dessus.

Pendant que les premières "prises" sont tournées -entre maquilleurs, retoucheurs et assistants personnels, le tout dans une odeur nauséeuse-, les chanceux de l'histoire patientent dans les coulisses, un numéro autour du cou. On leur propose à boire et à manger, les chips se mélangent aux emballages de préservatifs et les pilules de viagra s'échangent sous le manteau -sous le slip, plutôt-. Palahniuk ne va pas ici raconter la vie de toutes ces âmes en peine. Seulement quatre : le n°72 (jeune puceau persuadé d'être l'enfant abandonné de la porn-star); le n°137 (un acteur has-been fan de Cassie Wright qui espère ici redorer son blason); le n°600 (le premier amour de l'héroïne qui a aussi été son premier partenaire de film X) et enfin Sheila (l'assistante en gants blancs qui fait patienter tout ce joli monde avant le grand saut).

Les personnages sont décrits à tour de rôle, et leurs histoires se lient pour ne faire qu'une. Les doutes viennent sur leurs véritables intentions, mais Palahniuk réussit, par un tour de passe-passe littéraire à déjouer le lecteur et lui laisser un goût acide dans la bouche à la dernière page de son livre. Les hypothèses sont multiples quant à la chute de l'histoire et l'auteur surprend ses lecteurs jusqu'au bout.

La vie de Cassie est égalemen décrite par ces quatre voix, et on notera au passage l'évidente facilité de l'auteur à inventer des titres de films X plus amusants les uns que les autres : "Ali Baba et les 40 violeurs", "Bourre-moi après, Shérif", "Biroutes des Caraïbes" ou encore "Braquemart à l'italienne". On croisera également le souvenir de Linda Lovelace et de quelques autres starlettes de l'industrie.

Un roman court mais mené parfaitement, dans un style au goût de foutre et de charbon. La traduction de Claro est excellente (pour en avoir lu quelques passages en VO) et donne au texte une épaisseur supplémentaire. Un livre qui peut bien sûr choquer les bonnes âmes mais qui ne saurait être exclu d'une bibliothèque idéale. A conseiller et à offrir, pour deux heures de charme et de choc.

18/10/2012

"Une semaine de vacances" : Christine Angot ou le Néant littéraire

Comment parler de ce livre sans amertume ? Comment raconter ce viol provoqué par l'écriture insipide de l'auteur ? Et qui sommes nous pour juger ainsi une écrivain, face à ce qu'elle croit être "honnête" ? Pardon pour ces éclats de jugements mais la forme est-elle de mise face à l'absurde ?

angot.jpgLes premières pages de ce roman n'ont sans doute échappé à personne. Souvenez-vous, au début du mois d'août, fleurissait sur la toile l'incipit de ce que l'auteur ose appeler un roman. D'abord dubitatif voire écoeuré face à ce prolifique amas d'impudeur, je m'étais promis de ne surtout pas ouvrir ce roman. Et pourtant, une amie qui était elle aussi contre le cyclone Angot me poussa à m'y intéresser, suite à sa lecture. C'est chose faite. Et l'écoeurement est bien celui que j'imaginais alors : interminable.

Christine Angot est ce qu'on surnomme sur les plateaux télé une "bonne cliente" : un passage d'elle et tout s'embrase. De sa voix grave, morne et cassée, elle tente d'expliquer ses romans et la splendide nécessité de leur écriture. On se souvient bien sûr de ses derniers coups d'éclats manqués, de sa relation amoureuse avec un chanteur has-been sur laquelle elle était revenue en détail dans un de ses romans. Pour cela, elle avait promis le jackpot à son éditeur : et puis, rien, un texte niais, fade et insipide. Elle aurait pu s'arrêter là. Elle n'a pas eu l'intelligence de le faire, et c'est bien dommage.

"Une semaine de vacances" est l'anéantissement de la littérature, on touche ici à la plus basse des couches de ce que l'écrit peut faire de mauvais. La perversion n'est pas vulgaire, mais l'ensemble n'a de cesse de crier le dégoût du lecteur, l'envie de vomir et de s'éloigner le plus rapidement possible de ce texte nauséeux. Mais malheureusement, et c'est sans doute là le seul talent d'Angot, nous restons scotchés au roman, dans l'espoir, vain, de trouver un mot ou une phrase qui ferait pencher la balance vers le lisible, le regardable, le visible. 

On peut bien sûr citer Nabokov et sa Lolita, revenir sans cesse sur la littérature psychologique qui explore l'inceste mais surtout, il faudrait brûler ce livre. D'une part car littérairement, il est bien peu de chose. D'autre part, ce livre est partout et enlève donc une visibilité à des romans bien plus méritants. Il faut croire que les caisses d'Angot son vides, et revenir aux fondamentaux scabreux qui ont fait son succès (l'inceste, l'auto-fiction abusive) lui permettront à nouveau de vivre la tête hors de l'eau.

Parlons peu du style : il est inexistant. Demandez à une enfant traumatisée de vous décrire les viols à répétition que lui fait subir son père et je suis persuadé qu'elle en fera une oeuvre bien plus grande. A la limite, et pour rester poli, peut être pouvons nous décrire ce style comme un néant total. Un vide abyssal, une charge lourde contre la littérature. Après ça, tout ne peut être que bon.

Le roman commence dans des toilettes, le père assis sur la cuvette en bois, sa fille se délectant de son sexe. S'en suivent des scènes insoutenables, entre guide Michelin dans les restaurants du coin et scènes où la passivité de la jeune fille nous laisse de marbre. Et pourtant, une sensation d'enfermement et de malaise envahit le lecteur : si c'est cela que cherchait Angot, alors son pari est réussi. Si elle attendait qu'on parle d'elle : encore touché en plein coeur. Pour le reste, le seul conseil à lui donner serait de trouver un excellent psychanalyste et de ne surtout plus envisager la publication. On sait pertinemment qu'elle ne le fera pas, et pourtant, on espère...

16/10/2012

« Sagan et fils » de Denis Westhoff (Stock)

sagan.jpgParu il y a quelques mois, « Sagan et fils » a connu un succès retentissant chez les lecteurs d’une des plus grandes écrivains du vingtième siècle. Denis Westhoff, photographe et fils de Françoise Sagan, réhabilite depuis 2004 l’œuvre de sa mère, au travers d’expositions et de rééditions de ses plus grands titres.  Mais ces retrouvailles littéraires avec sa mère donnent le « la » à de nombreuses biographies la concernant et de deux films retraçant sa vie. Face à l’image d’une mère qu’il ne reconnait pas, Westhoff décide, pour la première fois, de donner sa version des faits.

La Sagan publique, c’est cette écrivain prolifique, aimant les voitures de sport, les aventures amoureuses grandiloquentes et l’argent jeté par les fenêtres. On se souvient bien sûr de son arrivée dans le milieu littéraire, avec un « Bonjour Tristesse » qui donnera à Mauriac l’occasion de la surnommer « charmant petit monstre », terme qui restera dans l’Histoire et la suivra toute sa vie.

La Sagan privée est bien loin de cette image. Westhoff s’en souvient comme d’une mère aimante, désireuse de le laisser loin du feu des projecteurs. Il raconte les week-ends en Normandie, la solitude parfois dans l’appartement parisien, et les fêtes, grandioses, que sa mère organise. Il se souvient également avec amertume de l’affaire Elf et prouve l’innocence de Sagan dans ce mic-mac financier qui fit couler beaucoup d’encre à l’époque. Il revisite, surtout, ses relations privilégiées avec la femme de Lettres qu’elle était, et de ses souvenirs de lectures communes.

Westhoff ne cache rien, il expose sa mère dans une lumière encore inédite : la sienne. Jamais encore on n’avait parlé de Françoise en ces termes, et personne ne fera mieux. Les mots sont ceux d’un fils esseulé face à un héritage empoisonné mais qui donne de son temps et de sa personne pour que sa mère et son œuvre ne tombent pas dans l’oubli le plus total. Sagan n’a jamais été aussi vivante que sous la plume de sa chair, et c’est dans ces pages remplies d’émotion que l’envie soudain nous reprend : tiens, si on relisait « Un peu de soleil dans l’eau froide » ?

10/10/2012

Le Questionnaire de ... Julien Dufresne-Lamy

dufresne lamy.jpgJulien Dufresne Lamy, dont nous parlions il y a quelques semaines, a accepté de répondre au questionnaire d’Actulitteraire. C’est en toute franchise et avec « m’Alice » qu’il revient sur ses premiers pas d’écrivain, sur ses projets et ses inspirations.

 * Si vous deviez résumer votre livre à une seule phrase, laquelle serait-elle ?

En une phrase, je dirais : Dans ma tête, je m'appelle Alice. Mais puisque c'est trop facile, je choisirais cette phrase-là : "dans le miroir, je vois cette envie de déguerpir, j'en fais une queue-de-cheval".

* Quelle a été l’idée première qui vous a amené à l’écriture de ce texte ?

Ce qui a été là d'abord, avant tout le reste, ce sont les logorrhées littéraires. Ces passages un peu fous sans ponctuation où les héros de roman surgissent dans la tête de la narratrice. J'ai écrit plusieurs de ces interludes vers 18 ans, cinq ans avant l'écriture de ce livre.

* Comment se passe l’écriture, à quels moments, où, avec quoi ? Des rituels particuliers ?

L'écriture, c'est un drôle de flux. Elle vient un peu quand elle veut, comme une main invisible d'en haut qui s'attaquerait au ventre. Certaines fois, c'est une pulsion, une envie d'aligner les mots. Sans rituel particulier, j'écris en fonction de l'inspiration, de l'odeur des choses autour de moi. J'ai beaucoup écrit ce livre la nuit, rapport à l'histoire, au désenchantement, mais désormais, ce n'est plus le cas, le cycle du sommeil m'a pardonné, je m'oblige à écrire en journée.

dans ma tete.jpg* Dans quel état d’esprit vous trouvez-vous maintenant que le livre est sorti ?

C'est un état particulier, la publication. La présentation aux autres, la soumission à l'avis de tous, sans savoir, sans que l'on puisse intervenir, sans que l'on puisse dire "merci" ou "vous avez tort". Dans ma tête, je m'appelle Alice était prêt depuis quelques mois, alors cette sortie, je la vois surtout comme un soulagement.  Une manière de plonger à pic.

* Que préférez-vous lorsque vous faites la promotion de ce livre ? Et ce que vous aimez le moins ?

Cela a pris du temps mais je prends goût à parler du livre, à n'importe qui, bien que j'appréhende les premières lectures et les salons.  En revanche, je suis embarrassé à l'idée d'entrer dans les librairies, moi qui vénère ces endroits à part, me retrouver face au livre, je trouve ça gênant. Je préfère le laisser vivre sereinement.

* Quels acteurs / actrices correspondraient le mieux, selon vous, à vos personnages ?

Je n'ai jamais vraiment eu d'idée là dessus, mon personnage est une femme singulière, cheveux broussailleux, mine pâle, allure frêle, mais une étincelle quelque part. Si elle pouvait prendre le visage de quelqu'un, au fil des âges, je choisirais celui de Noémie Lvovsky ou d'Emmanuelle Devos, ces deux femmes ont un sens subtil de la réplique et une beauté qui me touche.

* Comment définiriez-vous votre « lecteur idéal » ?

Je crois que le lecteur idéal n'existe pas. Dans le livre, mon personnage pense l'être un peu, lectrice idéale, débonnaire, mais elle réalise que sa passion peut être cause d'isolement. Je pense surtout que le lecteur doit être exigeant, affronter les écritures, lire en toute indépendance et faire ses propres découvertes.

* Si on devait rapprocher votre roman d’un autre livre, lequel serait-il ?

Ce n'est pas à moi de le dire, je n'ai pas écrit cette histoire en fonction d'une autre.

* Durant l’écriture, quels auteurs, musiciens, films… vous ont accompagnés ?

L'inspiration était un peu partout, même dans les gares. Cela allait de Bat for Lashes à Fiona Apple, en passant par des films comme Un conte de Noël ou Non, ma fille tu n'iras pas danser jusqu'aux séries télé, par exemple, Gilmore Girls et Friday Night Lights.  En tout cas, ce sont mes souvenirs.

* Un prochain livre déjà en tête ? Ou vous laissez-vous porter par celui-ci encore quelques temps ?

J'aimerais me laisser emporter mais j'ai trop peur du vide. Le prochain livre est écrit, il parle de la jeunesse et de la virilité. En ce moment, je pense à une histoire de famille, autour de dragées pour mariage et de couronne mortuaire.

02/10/2012

GRAND CONCOURS BOOKSTORY ! A VOS PLUMES !

 

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Il est des initiatives qui plaisent instantanément, sans que d’autres questions ne se posent : celle de Guillaume Fournier m’a parlé dès ses premières explications. J’ai rencontré le fondateur de cette maison d’édition d’un genre nouveau lors du dernier Salon du Livre de Paris. J’avais organisé une rencontre avec Sophie Adriansen (comme moi, elle tient un blog littéraire) afin de convier et de rencontrer dans la real life nos différents interlocuteurs sur le web (nos lecteurs, nos followers de Twitter, etc). Guillaume a profité de cette rencontre pour nous raconter le lancement de son entreprise, The Book Story. Le principe est simple : un comité éditorial reçoit et traite les manuscrits comme dans une maison d’édition traditionnelle. Puis, le texte est mis en ligne après la signature d’un contrat avec l’auteur. Les e-lecteurs sont ensuite invités à acheter l’ebook, d’abord à un prix d’appel dérisoire, puis d’en faire une critique. Plus elles sont élogieuses, plus le prix de l’ebook peut augmenter jusqu’à un certain stade, afin que d’autres lecteurs, rassurés par les bons mots de leurs prédécesseurs, puissent choisir les yeux fermés leurs prochaines découvertes littéraires.

Le but de Book Story n’est absolument pas de s’arrêter à de l’édition numérique, mais se présente au contraire comme une véritable passerelle entre les écrivains en devenir et les éditeurs. Rassurés par le potentiel des ouvrages déjà lu sur le site, différents partenariats seront mis en place afin d’assurer l’édition du texte en format traditionnel (entendez par là « papier »). Bien plus qu’une maison d’édition numérique, Book Story est un tremplin pour les auteurs qui n’arrivent pas à passer la barrière des comités de lecture des maisons germanopratines. Le succès récent de « Fifty Shades of Grey » (qui sera publié en octobre aux éditions Lattès) va sans doute donner de belles idées aux auteurs en herbe. Pour rappel, l’auteur de ce livre a d’abord été découverte sur le Net, avant de passer, grâce à ce succès, au format papier avec tout autant de réussite.

L’équipe de Book Story propose, pour lancer sa maison, un premier concours (les différentes modalités de participations se trouvent sur le site). Guillaume m’a rapidement proposé de participer à cette aventure, et c’est avec grand plaisir que j’ai accepté ce challenge. J’ai été nommé « Président du jury » (titre un peu pompeux, grandiloquent, mais passons outre ce détail) et j’aurai pour mission de défricher les premiers textes reçus, puis d’en choisir le vainqueur qui se verra édité par Book Story et mis en avant grâce à de nombreuses publicités sur le web.

Rendez-vous donc sur http://bookstory.fr et envoyez votre manuscrit. Vous avez toutes vos chances alors foncez ! J’attends donc vos textes avec une grande impatience, hâte de vous lire !