25.10.2010

Interview de Karine Tuil pour "6 mois 6 jours"

Tuil-Karine.jpgVous l'avez découverte en septembre avec son excellent roman "6 mois 6 jours", en lice aujourd'hui pour le Prix Goncourt. Karine Tuil a accepté de nous rencontrer pour nous parler de ce livre, de ses goûts littéraires et de ses différents sentiments face à sa nomination au Goncourt !

Bonjour Karine ! Dans un premier temps, commençons par cet événement qui fait votre actualité : "6 mois 6 jours", sélectionné dans la dernière liste du Goncourt... Quel effet cela vous fait-il ?

J’en suis très heureuse. C’est toujours un gage de reconnaissance, un signe d’intérêt.

 

Vous avez déjà gagné d'autres prix littéraires. Que représentent-ils pour vous ? Un honneur ? Une revanche ? Une reconnaissance ?

Une reconnaissance. L’opportunité d’être lue par de nouveaux lecteurs.

 

Vous êtes aujourd'hui écrivain, mais vous aviez entrepris des études de droit. Comment bifurque t-on de ce domaine à celui de la littérature ?

J’ai toujours écrit mais j’ai souhaité mener des études en parallèle et je n’ai été publiée qu’en deuxième année de thèse ! Finalement, j’ai arrêté le droit pour me consacrer à l’écriture.

 

Dans un autre domaine, vous avez également mis un pied dans le cinéma, en participant à l'adaptation de votre roman "Quand j'étais drôle" au cinéma... Pouvez-vous nous parler de cette expérience ?

Ce roman avait reçu le prix TPS star du meilleur roman adaptable pour le cinéma. Un réalisateur  - Manuel Boursinhac – et des producteurs avaient souhaité l’adapter. Ce fut une expérience passionnante, je suis cinéphile. Malheureusement, le projet n’a pas pu être mené à son terme, faute de financement, mais je travaille actuellement sur un projet original.

 

Votre premier roman a paru en 2000... Vous souvenez vous de ce jour ?

Je me souviens surtout du jour où le Figaro Littéraire avait organisé une séance photo avec les dix auteurs de premiers romans qui avaient été sélectionnés, dont le mien, « Pour le pire ». J’étais très émue car mon texte avait été remarqué, sur manuscrit (j’avais participé à un concours organisé par la fondation Simone et Cino Del Duca), par le directeur du Figaro Littéraire de l’époque, l’Académicien Jean-Marie Rouart. Pendant des années, j’avais lu la page consacrée aux premiers romans en espérant être publiée…

 

Pour revenir a votre dernier livre, "6 mois 6 jours", qui traite d'une histoire d'amour et de trahison entre une héritière allemande et un gigolo. C'est une histoire vraie... Qu'est ce qui vous a donc tant séduit dans ce fait divers ?

Il me semblait que cette histoire cristallisait toutes mes obsessions littéraires : la manipulation, la transmission, la culpabilité et les rapports de domination. Car au-delà de la comédie de mœurs, du récit d’une conquête amoureuse, on découvre les rouages de l’industrie allemande à l’époque nazie. Par le biais d’une petite histoire d’amour, on entre dans la grande Histoire et on découvre des événements saisissants, incroyables, d’une brutalité stupéfiante.

 

A ce propos, savez-vous si une traduction allemande est prévue actuellement ?

Je ne sais pas encore…

 

Sur internet, de nombreux lecteurs parlent de vos thèmes récurrents... Selon vous, quels sont-ils ? Sont ils conscients ou inconscients ?

J’ai beaucoup écrit sur l’identité, la filiation, la transmission. Il faudrait que j’aille m’allonger sur le divan d’un psychanalyste pour comprendre !

 

Quels jeunes écrivains supportez vous aujourd'hui en tant qu'ainée ?

L’écriture est une activité qui isole, je vois peu d’auteurs et ils sont en général de ma génération ! Je devrais lire de jeunes auteurs français, je vais m’y mettre !

 

Et qu’appréciez-vous dans la littérature contemporaine?

J’aime les écrivains qui se confrontent au réel, à l’histoire politique et sociale, notamment Emmanuel Carrère, Philip Roth, Safran Foer, Saviano. J’adore aussi l’humour de David Foenkinos, le canadien David Bezmozgis ou encore Arnon Grunberg.

 

Et maintenant, quelques questions plus rapides...

 

Le dernier livre lu ? « L’homme mouillé » d’Antoine Sénanque, un auteur dont j’avais adoré le premier roman « Blouse » (Editions Grasset)

 

Le livre qui a marqué votre enfance ? Les Fables de La Fontaine que mon grand-père me faisait apprendre par cœur.

 

Celui qui a marqué votre adolescence ? La métamorphose de Kafka, mais aussi J’irai cracher sur vos tombes, de Boris Vian, l’Etranger de Camus et Si c’est un homme de Primo Lévi.

 

Votre livre favori : Le bruit et la fureur de Faulkner ; La contrevie de Philip Roth ; Loin de Byzance, de Joseph Brodsky

 

 

Celui que vous n'avez jamais pu finir : je ne m’en souviens pas…

 

Le livre que vous auriez aimé écrire : Belle du Seigneur, d’Albert Cohen.

 

Une image précise de votre enfance : moi, dans mon lit, attendant ma mère qui m’apporte mon biberon au chocolat en chantant.

 

Une question récurrente que vous vous posez :  D’où vient le Mal ?

 

Et le mot de la fin est pour vous... 

Une phrase de Desproges : « La seule certitude que j’ai, c’est d’être dans le doute ! »

 

Merci Karine de nous avoir accordé du temps pour  répondre à cet entretien... et bonne chance pour le Goncourt !

 

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